BIOGRAPHIE

:: Itinéraire d’un éternel passionné

1993. Garou multiplie les petits boulots, passant entre autres de déménageur à cueilleur de vignes… Il occupe même le poste de vendeur de vêtements dans une boutique à la mode. Il passe la plupart de ses nuits dans les discothèques, roupille un peu et retourne bosser après le lever du soleil. Au sortir des bars de Sherbrooke, à trois heures du matin, il n’est pas rare qu’il entonne, guitare au cou, les classiques du répertoire québécois. Avec le trottoir pour scène, les noctambules des différents débits de boisson de la rue principale s’agglutinent autour de lui, tapent des mains et des pieds, dansent et s’amusent allègrement. Ces petites sessions improvisées se terminent inéluctablement par l’arrivée des policiers qui n’ont d’autre choix que de disperser la foule, sourire aux lèvres. Son plaisir est contagieux. « Je faisais des folies, bien sûr, mais des folies qui faisaient sourire. »

Pour le plaisir il chante même dans le métro de Montréal, ajustant continuellement son répertoire en fonction des gens qui passent devant lui : Sex Pistols pour le jeune rebelle, Aznavour pour le couple s’échangeant des regards amoureux, comptine improvisée pour l’enfant blotti dans les bras de sa mère… La musique, que pour le bien-être des autres. Sans plus. Sans but précis.

En mars de la même année, une amie invite Garou à assister au spectacle de Louis Alary, un chansonnier dont elle venait de faire la connaissance. Entre deux interprétations, elle demande au chanteur s’il veut bien laisser le micro à Garou l’espace d’une chanson. Le patron du bar est à ce point enchanté par sa prestation qu’il l’embauche sur-le-champ! Sans répertoire véritable mais débordant d’enthousiasme à l’idée de communiquer ses émotions musicales, Garou présente un premier spectacle solo, guitare en bandouilère, voix déglinguée et charme de l’insouciance en poche. « Je suis allé acheter l’équipement sono en vue de ma première soirée. Je ne savais même pas comment ça fonctionnait! En plus, j’ai dû apprendre plusieurs chansons, mon répertoire étant alors très limité. Je ne disposais que de trois jours pour approfondir tout ça ! C’est de cette façon que j’ai commencé mes classes sur les durs bancs d’école de la vie de bars. »

Très vite, le nom de Garou circule dans le circuit des bars des Cantons-de-l’Est, où on réclame ses talents de chanteur et d’animateur. Après quelques mois de ce rythme passablement épuisant à trimballer son équipement de bar en bar il fait ses débuts au Liquor Store de Sherbrooke, qui présente alors les derniers spectacles à la mode de la région. C’est un ami qui a insisté auprès du propriétaire, Francis Delage, afin qu’il consente à ce qu’un illustre inconnu foule les planches de son établissement. Étant donné qu’on ne se bousculait pas aux portes du Liquor Store les dimanches, Delage décide de donner sa chance au jeune chanteur en lui proposant d’animer « Les dimanches à Garou. » Ces soirées connaissent un succès immédiat. Garou devait par la suite faire les belles veillées du Liquor Store pendant quatre années. « L’échange avec le public, les rudiments de la scène, la folie contagieuse, c’est au Liquor Store que j’ai appris tout ça. »

À l’été 1995 il fonde donc le groupe The Untouchables, composé entre autres d’un trompettiste, d’un saxophoniste et d’un tromboniste. Partout où ils se produisent, la foule est littéralement en pâmoison. Garou souhaitait faire rêver ceux qui l’écouteraient chanter. Gagné. Haut la main.

Garou, en fidèle autodidacte et amant de sa liberté a longtemps refusé les offres, pourtant alléchantes, qu’on lui proposait. « La vraie musique, elle vient du fond du cœur, du vécu qu’on a, du vécu que l’on se trace. Pas qu’on se fait tracer. À l’époque, Sony m’avait d’ailleurs approché pour un contrat de disque. J’ai préféré attendre parce que je ne me sentais pas prêt. »

Garou chante avec son cœur, s’époumone sur des musiques qui le pénètrent entièrement à défaut de quoi la scène, à ses yeux, ne mérite pas qu’on se l’approprie. « Avec The Untouchables, jamais on n’a fait les chansons dans le même ordre. J’étais devenu redoutable aux yeux de mes musiciens, qui ne savaient jamais à quoi s’en tenir. Et viva l’improvisation ! »

Ce sont ces mêmes musiciens, ceux de la première heure, qui l’accompagneront lors de la tournée prévue à la suite du lancement de l’album Seul, tant en Europe qu’au Québec. C’est d’ailleurs lors d’une des prestations du groupe, à l’été 1997, que Luc Plamondon allait découvrir celui qu’il recherchait pour pénétrer toute la complexité du personnage de Quasimodo, dans le drame musical Notre-Dame de Paris. « Luc, c’est un véritable visionnaire. Je n’arrive toujours pas à comprendre qu’il ait vu à travers moi la détresse d’un Quasimodo, alors que je chantais la joie de vivre la plus totale. Ça me dépasse. »